Rencontre avec Lucie Etienne, chercheuse au Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI)

Lucie Etienne est chercheuse CNRS au Centre international de recherche en infectiologie (CIRI), à Lyon. Elle travaille sur les interactions virus-hôte et leur importance dans les transmissions inter-espèces. Invitée aux rencontres Etonnant Vivant, elle a présenté ses derniers résultats en compagnie de Stéphanie Jacquet, post-doctorante.

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Lucie Etienne accompagnée de Stéphanie Jacquet, chercheuse post-doctorante

© CNRS Sarah Granet

 

« Mon parcours scientifique »

Comprendre comment les virus réussissent à se transmettre de l’animal à l’homme m’a toujours fascinée. Lors de ma licence à Imperial College, j’ai effectué un stage en laboratoire au Musée d’Histoire Naturelle de Londres qui m’a donné la passion pour la recherche. J’ai alors réalisé mon doctorat avec Martine Peeters (IRD Montpellier) sur l’origine du VIH, à l’interface entre la virologie, la primatologie et la phylogéographie. Captivée par les évolutions moléculaires qui ont lieu lors de transmissions inter-espèces, j’ai rejoint pour mon postdoctorat le labo de Michael Emerman (Fred Hutch Cancer Research Center, Seattle USA), qui a participé à développer le concept de « paléovirologie ». Puis…

 « Mes recherches » 

… j’ai intégré en 2013 le CNRS au CIRI de Lyon, où je dirige, au sein de l’équipe « Interaction hôte-pathogène lors de l’infection lentivirale », un Axe de Recherche sur « L’évolution des interactions virus-hôte et l’impact sur les transmissions inter-espèces ».

Notre objectif est de découvrir et caractériser les « barrières génétiques » naturelles qui limitent les transmissions inter-espèces de virus pathogènes. Pour cela, nous utilisons une approche originale basée sur des concepts évolutionnistes de conflits hôtes-pathogènes, en combinaison avec des analyses phylogénétiques (bioinformatique) et expérimentales (biologie moléculaire et cellulaire), et ceci dans deux modèles, les primates et les chauves-souris, principaux réservoirs de virus zoonotiques. Actuellement, deux étudiantes en thèse se consacrent à la découverte de protéines de l’immunité qui cibleraient naturellement le VIH. D’autre part, nous avons récemment étendu nos recherches à la co-évolution entre le virus de l’hépatite B (VHB) et ses hôtes mammifères [1]. Dans ce cadre, Stéphanie Jacquet, postdoctorante (ANR LabEx ECOFECT) en collaboration avec Dominique Pontier (LBBE), a récemment montré que les virus apparentés au VHB ont façonné le génome des primates et que l’évolution de son récepteur d’entrée, différentielle chez les primates et les chauve-souris, pourrait en partie expliquer le patron de circulation de ce virus chez ces hôtes [2].

 « Ce que j’aime dans mon métier » 

Ce que j’aime le plus dans mon métier, outre ses très nombreuses facettes, est d’avoir la chance chaque jour d’élaborer les questions qui me semblent passionnantes à explorer et qui semblent cruciales à élucider, à la fois pour faire avancer la santé publique et la compréhension des systèmes biologiques. J’aime discuter avec les personnes de mon programme de recherche et mettre en place ensemble les expérimentations et les analyses pour tester les hypothèses et répondre à ces questions. Depuis plusieurs années, je suis également très impliquée dans l’encadrement dans la recherche afin de former de nouvelles générations de scientifiques, et d’augmenter et promouvoir la diversité des scientifiques.

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Figure : Le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) responsable du SIDA a pour origine de multiple transmissions inter-espèces (schématisées par les flèches) de virus de singes, appelés les SIV, à l’homme. Au laboratoire, une de nos thématiques de recherche vise à comprendre, d’une part, comment ces virus ont “réussi” leur adaptation à l’homme et, d’autre part, quelles sont les barrières génétiques qui limitent de nouvelles émergences virales.

© Lucie Etienne

 

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